top of page

Un Conseil Européen sous tension

Publié le 23/10/2022

« Nous avons besoin de réponses concrètes à la crise énergétique » Sanna Marin, Première Ministre de Finlande.

 

Deux semaines après la première réunion de la Communauté Politique Européenne à Prague, un sommet européen des chefs d’Etat et de gouvernement s’est ouvert ce jeudi 20 octobre à Bruxelles sur un fond de désaccord profond entre la France et l’Allemagne. Les sujets abordés sont épineux, à l’ordre du jour : guerre en Ukraine, inflation qui dépasse les 10% en moyenne sur l’ensemble de l’UE, éventuelle pénurie de gaz … Les discussions s’annoncent, dès lors, musclées. 

« Coup de froid entre Paris et Berlin » titrait le quotidien Les Échos ce Jeudi 20 Octobre.

Rapport tendu entre la France et l’Allemagne ces derniers jours, le premier conseil des ministres franco-allemand coprésidé par Emmanuel Macron et Olaf Scholz prévu pour mercredi prochain a été annulé et reporté bilatéralement au début de l’année prochaine. Le porte-parole du gouvernement fédéral allemand évoque simplement un « souci d’agenda » alors que les relations semblent tendues entre les deux pays sur des questions de défense et d’énergie. Mais un entretien entre le Président de la République et le Chancelier de la République fédérale d’Allemagne a eu lieu en marge du Conseil Européen indique l’Élysée. Dans son communiqué, elle souligne la nécessité « d’encourager la poursuite des discussions entre ministres français et allemands pour que le prochain Conseil des ministres franco-allemand soit le plus substantiel et ambitieux possible … » et rappel également l’importance de « réaffirmer leur ambition commune sur plusieurs volets stratégiques … ». Dans l’état actuel des choses l’Allemagne est vivement et publiquement critiquée par Emmanuel Macron ainsi que par la Commission Européenne pour son plan de soutien de 200 milliards d’euros visant à protéger son industrie et les ménages. La raison de ces critiques étant qu’il aurait été souhaité un endettement commun semblable au plan de relance européen « Next Generation EU » afin de lutter plus efficacement à la flamber des prix de l’énergie sur le territoire européen.

 

Le plan fédéral est donc vue comme une concurrence déloyale dans la lutte contre la crise de l’énergie que nous subissons, ce qui peut accentuer un déséquilibre entre les pays qui ont les moyens de subventionner leurs industries et ceux qui ne le peuvent pas.

 

Cette conflictualité entre la France et l’Allemagne n’est qu’une partie émergée de l’iceberg. ; depuis des semaines, Paris et Berlin s’oppose lors des négociations pour un plafonnement des prix du gaz qui se sont envolé depuis la guerre en Ukraine.

 

« Il y a deux semaines, nous avons déjà beaucoup parlé de la situation sur le marché de l’énergie. Et nous sommes tous d’accord sur une chose : les prix doivent vraiment baisser » Mark Rutte, Premier Ministre des Pays-Bas. 

 

Depuis la crise qui bouleverse l’Ukraine et le monde, des millions d’européens ont de plus en plus de difficultés à arrondir les fins de mois. Dans un rapport publié par l’Institut de statistique Eurostat le 19 octobre dernier, des pays comme la France (6,2%), Malte (7,4%) et la Finlande (8,4%) connaissent une inflation plutôt faible. Mais certains pays comme la Lettonie (22,0%), la Lituanie (22,5%) et l’Estonie (24,1%) ont enregistré une inflation record sur l’ensemble du territoire de l’Union Européenne alors que l’inflation annuel moyenne de l’UE s’établit à 10,9% en septembre 2022 soit une hausse de 0,8 pts par rapport à août dernier. 

 

Cette augmentation du taux d’inflation annuel n’est pas forcément une conséquence directe du conflit Russo-Ukrainien. Du fait de deux années de pandémie et de confinement successif la reprise économique a été difficile dans plusieurs domaines et l’offre n’a pas su suivre la demande créant donc une augmentation des prix pour les biens et les services. 

 

L’inflation que l’on croyait temporaire post-covid a été finalement fortement accentué par la Guerre en Ukraine et les reconfinements de certaines régions en Chine. En effet, les nombreuses répercussions du conflit russo-ukrainien sont que les différents packages de sanctions par l’UE à l’encontre de la Russie, premier exportateur de gaz, ont engendré une privation de 40% de ses importations de gaz naturel. Mais aussi l’Ukraine est un important pays producteur de denrées agricoles, les bases du conflit se situant directement sur son territoire fait qu’il lui est difficile d’exporter son blé, composant essentiel de grand nombre de produits que l’on consomme. Les industriels de l’agroalimentaire ne pouvant suivre les rythmes de production répercutent autant que faire se peut les coûts que cela génère sur le consommateur directement. 

 

Sur l’énergie, il reste néanmoins important de souligner que des paquets de mesure ont été mis en place depuis fin février afin de garantir la sécurité d’approvisionnement en gaz. En date du 20 octobre, sur l’ensemble des pays européens, les stocks de gaz sont remplis à 93,65% selon l’Agence européenne de coopération des régulateurs de l’énergie. Mais l’hiver approchant, il est essentiel pour l’Agence internationale de l’énergie de « maintenir les stocks à des niveaux suffisants en cas de vagues de froid tardive ». Plusieurs pays ont adopté différents plans de régulation de consommation afin de pouvoir maintenir les stocks à des niveaux adéquats jusqu’à la fin de la saison de chauffage. 

 

"La meilleure réponse au chantage de (Vladimir) Poutine sur le gaz reste la solidarité européenne et l'unité européenne. Au lieu de surenchérir les uns avec les autres, les Européens devraient acheter du gaz ensemble" Ursula Von Der Leyen, Présidente de la Commission Européenne lors d’une conférence de presse mardi 18 Octobre 2022.

 

Il y a deux semaines à Prague a eu lieu la première réunion de la Communauté Politique Européenne. Proposée par Emmanuel Macron le 9 mai dernier la « Communauté politique européenne » aurait pour but de permettre une coopération plus accrue entre l’ensemble des pays du continent européen. A l’issue de ce sommet, des discussions informelles ont pu produire différentes idées notamment le plafonnement du prix du gaz. Comme évoqué au premier point, l’Allemagne s’oppose à un tel plafonnement aussi bien que le Danemark, les Pays-Bas l’Autriche ou la Hongrie en raison d’une difficulté éventuel d’achat du gaz sur les marchés internationaux qui sont déjà soumis à une tension mais aussi, que cela encourage aussi les foyers à consommer davantage. Olaf Scholz, chancelier allemand souhaiterai par ailleurs associer le marché asiatique aux décisions prochaines sur une modalité de plafonnement des prix du gaz afin de lutter contre toute concurrence.

 

Parallèlement 15 États européens dont la France, la Belgique, l’Italie et la Grèce proposent un « plafond dynamique ». Cette proposition qui a été privilégié par la Commission Européenne permettra à l’indice du marché gazier TTF de s’ajuster en fonction des prix du marché afin de réduire la différence entre le prix maximum et le prix du marché. Le but étant donc de limiter la volatilité des prix. 

 

La Commission Européenne propose également d’autres solutions afin d’alléger la facture énergétique et de continuer à garantir les approvisionnements en gaz. Dans son plan REPowerEU présenté Mardi en conférence de presse, il a été décidé comme mesure à court terme d’« achats communs de gaz, de GNL (gaz naturel liquéfié) et d’hydrogène par l’intermédiaire de la plateforme énergétique de l’UE pour tous les États membres qui souhaitent y participer, ainsi que pour l’Ukraine, la Moldavie, la Géorgie et les Balkans occidentaux. Après divers débats et des éclaircissements juridiques, lors de la première session du Conseil Européen, sur cette proposition de la Commission Européenne, Berlin s’est dit favorable à un regroupement des entreprises privées énergétiques de se coordonner sur l’organisation d’achats conjoints de gaz. 

 

La ministre espagnole de la Transition écologique, Teresa Ribera, a appelé par le passé à une « sortie coordonnée du TCE »

 

La semaine passée, l’Espagne a confirmé son intention de se retirer du Traité sur la charte de l’énergie (TCE) qui consiste à garantir les investissements dans des infrastructures énergétiques et dans les combustibles fossiles. A l’issu du Conseil Européen qui s’est achevé dans l’après-midi, Emmanuel Macron a annoncé dans une conférence de presse le souhait de la France de quitter le Traité sur la charte de l’énergie (TCE), il se rallie donc aux Pays Bas, l’Espagne, la Pologne et le Luxembourg. Ce choix s’explique par un traité jugé trop vieux et obsolète face à la crise des combustibles et incompatibles avec les objectifs de transition énergétique. 

  • Linkedin
  • Instagram

© 2026 Hoa Moindrot. Tous droits réservés. Les contenus présents sur ce site sont des créations originales et ne peuvent être reproduits, adaptés ou part, en totalité ou en partie, sans l'autorisation préalable de l'auteur.

bottom of page